Faire avec, résidence chez Ad Mare Îles de la Madeleine, 17 juin au 7 juillet 2013


Faire avec est un événement en art actuel dirigé par Véronique Leblanc, commissaire invitée par le centre d'artistes AdMare. Il rassemblera du 17 juin au 6 juillet 2013, aux Îles-de-la-Madeleine, ATSAJennifer BélangerÈve CadieuxJean-Pierre GauthierYoanis Menge, Marianne PapillonDouglas Scholes, José Luis Torres et Jean-Yves Vigneau.


Dans le cadre d'une résidence de trois semaines, les artistes réaliseront des œuvres qui explorent l'usage que nous faisons des choses (objets, matériaux, espaces, bâtiments) et s'intéressent à leur état transitoire ou à leur désuétude comme potentiel de transformation. Réparties sur l'ensemble de l'archipel, les installations, œuvres sonores, photographiques, sculpturales ou performatives, qu'elles soient monumentales ou furtives, s'inscriront dans le contexte maritime et insulaire et contribueront à générer une réflexion collective sur la problématique locale qui inspire le projet : la gestion des matières résiduelles.

The Gift/ L'offrande

Faire avec (To Make Do) is a residency project that explores the potential in the transformation of objects and places, particularly in their function, their usage, their disuse and their obsolescence.  The work seeks to provide a collective reflection on an urgent local challenge and a very real global concern.  Inspired by Waste and Residual Management, the project holds even more truth when considering Les Iles de la Madelaines isolated geographical positioning.


For The Gift I choose objects in second-hand stores, bring them back to the project headquarters, in which I have my studio, transform them and re-donate them to the store. Using all recycled or found materials, The Gift wishes to give new life or to better abandoned objects- a practice usually only done for one's self- for the buyer to discover and adopt. 

This small gesture of fixing up or bettering objects puts into question the subjective preciousness of an art/object, its worth and the perception of. If the viewer is aware that an art project is amongst ordinary objects, it is of interest that he/she will view every object in a different light. However, if the viewer is unaware of the presence of art objects it is equally interesting that the the object exists as simply an object of many on display on a shelf.


This residency was made possible by the ArtsNB career development program. 


Ce projet de résidence fut possible grâce au programme de développment de carrière d'artsNB


Dans le cadre de Faire avec, je choisi des objets dans les magasins d’occasions et les friperies, je les emporte au quartier général (où se trouve mon atelier) et je les transforme pour ensuite les réinsérer furtivement dans le magasin. Ce petit geste de donner nouvelle vie à des objets abandonnés- une pratique presque uniquement fait pour soi-même- est une offrande pour l’observateur à découvrir et à adopter.

Ce geste d’arranger ou d’améliorer des objets met en question l’idée subjective du précieux quant à l’objet et quant à l’objet d’art. Si l’observateur est conscient qu’il a un projet artistique parmi des objets ordinaires, il est intéressant qu’il/elle regardera tous les objets d’un différent oeil. Il est également intéressant que l’observateur qui n’est pas au courant du projet voit simplement l’objet d’art comme un objet parmi tant d’autres.































article de Sara Dignard, journaliste au Radar. 

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Le Devoir 6 juillet 2013 | Marie-Ève Charron | Arts visuels

Des résidus à valeur ajoutée
Dix artistes remettent en question nos rapports aux déchets in situ aux îles de la Madeleine



Photo : Maude JompheÀ L’Étang-du-Nord, Douglas Scholes a guidé un groupe jusqu’à un dépotoir clandestin dont il a trié les déchets pour son projet Vestiges.
Divers lieux aux îles de la Madeleine. Jusqu’au 27 juillet.
Îles de la Madeleine — Les îles de la Madeleine sont le théâtre depuis trois semaines de l’activité peu habituelle d’un symposium d’art in situ dont les oeuvres sont aujourd’hui inaugurées. Les dix artistes invités par la commissaire Véronique Leblanc, avec le centre d’artistes AdMare, ont dû, avant d’investir un territoire aussi particulier que l’archipel, composer avec divers facteurs et contraintes, à commencer par le thème choisi de cet événement : « Faire avec ».
Celui-ci entre judicieusement en résonance avec une préoccupation importante aux Îles : la gestion des matières résiduelles. Le thème suggère de composer avec ce qui est là, voire de redonner une deuxième vie à un objet que l’on croyait fini. C’est aussi reconnaître l’obsolescence des choses comme la détérioration de l’environnement par les habitudes de vie et de consommation. Pour la commissaire, c’est également « envisager la désuétude comme potentiel de transformation », ce que nombre de pratiques artistiques comptent pour stratégie.
Si toutes les municipalités ont à disposer de leurs déchets, la question se pose autrement aux îles de la Madeleine, où l’insularité, l’éloignement, la fragilité du territoire et des activités plus soutenues en saison estivale rendent le problème plus délicat et compliquent sérieusement les opérations. Depuis 2008, l’archipel doit d’ailleurs envoyer ses résidus non compostables aussi loin qu’à Victoriaville pour qu’ils soient traités. La seule perspective de faire voyager toute cette matière encombrante force à imaginer des solutions pour la réduire, démarche qui ne date pas d’aujourd’hui, à en croire les documents publiés par le Centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes (CERMIM), un des partenaires de l’événement.

De la cueillette
À la question quoi « faire avec » ?, les arts n’offrent pas de réponses pragmatiques, mais ouvrent sur le sujet des perspectives inédites, ne serait-ce qu’en le mettant à l’ordre du jour, comme Le Devoir a pu le constater en rencontrant les artistes alors que leur travail était toujours en cours. L’ATSA (Montréal) a en quelque sorte décidé d’en faire un paradoxal mot d’accueil pour les visiteurs de l’archipel en fixant sur des lampadaires à l’entrée de Cap-aux-Meules des ballots de déchets triés, à l’exemple de ceux qui sont expédiés sur le continent. Le Centre de gestion des matières résiduelles (CGMR), point de chute des ordures, s’est avéré pour l’ATSA un précieux réservoir de matériaux. En contrepoids à ce coup d’éclat, le duo a destiné à la lecture un survol historique et instructif sur le sort des déchets aux Îles.

Le centre de récupération Ré-Utîles s’est imposé comme un autre terreau fertile, cette fois pour Jennifer Bélanger (Moncton). Dans une opération plus discrète, elle a imprimé des motifs sur des objets vendus par ce centre, où elle les a ensuite retournés, mimant ainsi le travail de revalorisation d’objets désuets dont le centre est l’artisan. La cueillette d’objets s’est affirmée comme un autre mode d’élaboration, mettant à contribution les habitants d’ici et d’ailleurs. Les assiettes récoltées auprès des Madelinots par Jean-Yves Vigneau (Gatineau) flottent désormais sur la surface du lac à Quinn grâce à un système inspiré des quilles employées sur l’eau, milieu de prédilection de l’artiste. Avec leurs motifs floraux, les assiettes évoquent d’insolites nénuphars, mais rappellent plus sombrement qu’encore récemment les déchets trouvaient avec insouciance refuge dans la mer ou les cours d’eau.

Avec les soutiens-gorges qu’elle a reçus de centaines de femmes, Marianne Papillon (îles de la Madeleine) a conçu un monumental filet voulant symboliser la protection de la falaise de grès rouge - trait distinctif des Îles - où il a été accroché sur son flanc, contredisant en un sens le Soutien-côte annoncé dans le titre pour ce relief rongé par l’érosion. Périlleuse, l’installation du dispositif a montré l’extrême difficulté d’agir sur ce territoire, de surcroît avec un geste artistique, qui, soumis aux interprétations, exige d’être bien ciblé.
Dissémination
C’est par la photographie que Yoanis Menge (îles de la Madeleine) et Ève Cadieux (Québec) ont abordé le réemploi et le recyclage, épousant tous deux une logique de dissémination dans l’archipel, soit par des affiches ou de petits carnets. Menge a fait des portraits rendant hommage à des artisans ou à des travailleurs locaux de la récupération, tandis que Cadieux, liant texte et image, a dressé une sorte d’inventaire, truffé de fiction, de lieux tombés en désuétude.
La force d’un tel événement se confirme par l’éventail des manières empruntées par les artistes qui déclinent différemment le thème. De toute évidence, la sélection faite par la commissaire a permis d’atteindre cet objectif. Les contributions de Jean-Pierre Gauthier (Montréal) et de José Luis Torres (Montmagny) participent aussi de cela ; leur projet respectif s’inscrit naturellement dans la continuité de leur pratique, à laquelle, par un judicieux ancrage dans le contexte, ils donnent une pertinence renouvelée.
Gauthier a su composer avec le vent, créant avec une économie de moyens des instruments à cordes tendues à l’extérieur d’une ancienne saline près du café de la Grave à Havre-Aubert, ou à divers endroits sur l’archipel lors de performances improvisées. Plus physique, le projet de Torres, sis sur les ruines de fondations à L’Étang-du-Nord, édifie une architecture de fortune avec de vieilles fenêtres recadrant à qui mieux mieux l’étendue du paysage tout autour.
Fragmenté en plusieurs temps et lieux, le projet de Douglas Scholes (Montréal) inscrit finement sa présence dans le territoire tout en en révélant des aspects très spécifiques. Il a pris en charge une des plaies de l’archipel, ses dépotoirs clandestins, en triant sur place les déchets pour trois d’entre eux. Le geste est simple, mais il instille un doute, éclaire la réflexion. Que peut tant de soin contre une telle bêtise, toujours pratiquée ? N’y a-t-il pas aussi, dans ce seul tri, tout un programme envisagé ?
Dans la vitrine située à l’aéroport qui constitue l’espace d’exposition habituel du centre AdMare, l’artiste a également rendu concret, par une transposition matérielle de ce qu’il a consommé et rejeté durant son séjour aux Îles - telle une empreinte écologique -, cet imparable voulant que chacun ici fasse partie du problème. Voilà une proposition des plus intelligentes en regard du contexte des îles de la Madeleine, qui vivent de constantes équations fragiles desquelles, fort lucidement, l’artiste invité ne s’est pas exclu. Cela confirme le fructueux apport d’un événement d’art in situ dans l’archipel, un retour à saluer depuis le dernier de cet acabit qui s’est tenu en 2004. Il est à espérer que le prochain ne se fera pas aussi longtemps désirer.

Collaboratrice
Notre journaliste a voyagé jusqu’aux Îles grâce au Groupe C.T.M.A.









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